Une substance capable de traiter trois infections parasitaires mortelles vient d’être découverte grâce à des expériences menées sur des souris.

Au premier coup d’œil, rien ne semble lier la maladie du sommeil (trypanosomiase humaine africaine), la maladie de Chagas (trypanosomiase américaine) et la leishmaniose, à part peut-être le fait qu’elles appartiennent toutes à la liste des maladies tropicales négligées (MTN) élaborée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pourtant, un autre point commun les relie: elles sont toutes provoquées par des parasites appartenant à la famille des kinétoplastidés.

En comparant le fonctionnement des parasites, les chercheurs de l’Institut de génomique de la Fondation de recherche Novartis à San Diego (Etats-Unis) ont remarqué de grandes similitudes, notamment la présence d’une molécule commune indispensable à leur survie. Ils se sont alors mis en quête d’une substance qui serait capable de l’inactiver, et donc de tuer les trois parasites. Leurs travaux, publiés mardi dans la revue britannique Nature, révèlent que sur les quelque trois millions de substances testées sur des cellules humaines et sur des souris, une seule, appelée GNF6702, est parvenue à éliminer les trois parasites cibles tout en épargnant les cellules humaines. Les scientifiques ont ensuite testé la substance nouvellement identifiée sur des souris infectées. Les résultats ont montré que, pour chaque infection, le niveau de parasite dans le sang était indétectable. La substance fonctionne en attaquant les protéasomes des parasites, des structures nécessaires au recyclage des «déchets».

D’autres études nécessaires

«Il est possible que cette découverte conduise à un nouveau médicament», a déclaré à la chaîne américaine CNN le Professeur Jeremy Mottram du département de Biologie de l’Université de York et coauteur de l’étude, tout en ajoutant que les étapes pour y parvenir sont encore longues et compliquées. Selon le Pr Mottram, la mise au point d’un seul comprimé contre les trois infections n’est pas envisageable, en raison de la grande diversité des symptômes. Ainsi, la maladie du sommeil nécessitera un médicament capable de pénétrer dans le cerveau -tâche très complexe-, tandis que le médicament en charge de combattre la leishmaniose devra atteindre le foie. De toute façon, des études de toxicité doivent encore être menées avant que des essais cliniques ne soient menés chez l’homme.

A l’heure actuelle, les médicaments utilisés pour traiter ces infections présentent plusieurs inconvénients, sans compter leur coût élevé. En plus de causer d’importants effets secondaires, ils doivent parfois être délivrés à l’hôpital et nécessitent d’être pris pendant un mois ou plus. Des désavantages certains pour les populations les plus touchées, originaires de pays en voie de développement d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud.

La maladie du sommeil, la maladie de Chagas et la leishmaniose touchent 20 millions de personnes et en tuent plus de 50000 chaque année. La première, qui se transmet essentiellement par la piqûre d’une mouche tsé-sé infectée, sévit exclusivement dans 36 pays d’Afrique subsaharienne où l’on trouve ladite mouche. Elle entraîne de fortes fièvres, des troubles de la coordination, une grande fatigue, une confusion mentale et des troubles du cycle du sommeil. La seconde, transmise par une variété de punaise, est pour sa part apparue en Amérique latine avant de se propager à d’autres continents. Elle se manifeste dans 30% des cas par des troubles cardiaques, et dans 10% des cas par des atteintes digestives ou neurologiques. Enfin, la dernière, transmise par la piqûre d’un phlébotome infecté, provoque de son côté des affections cutanées ou viscérales très invalidantes, voire mortelles si elles ne sont pas traitées.

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