AVIS D’EXPERT – La pratique d’une activité physique régulière est recommandée pour avoir un cartilage de meilleure qualité, explique le Pr Françis Berenbaum*.

L’arthrose, maladie la plus répandue en rhumatologie, est la première cause de handicap après 40 ans.

Elle se manifeste par des douleurs articulaires et une perte de la mobilité qui peut concerner toutes les articulations: la colonne vertébrale, les doigts, le genou et la hanche. Les autres articulations (épaule, coude, poignet, cheville) sont plus rarement atteintes. Les articulations, zones de jonction entre deux os, se composent du cartilage qui repose sur l’os, le tout étant entouré par la capsule articulaire. À l’intérieur de cette capsule, la membrane synoviale produit le lubrifiant qui facilite le mouvement de l’articulation.

La fonction du cartilage est essentielle: il permet le glissement des os l’un sur l’autre sans frottement. Mais dans le cas de l’arthrose, suite à des facteurs initiateurs, le cartilage se fragmente. Les débris entrent en contact avec la membrane synoviale, ce qui déclenche une réponse inflammatoire. Ce phénomène favorise la fragmentation du cartilage et conduit à un cercle vicieux. La destruction du cartilage s’étend à toutes les structures de l’articulation, notamment à l’os.

Des biomarqueurs

La destruction du cartilage est un processus pathologique lié à plusieurs facteurs. En effet, il n’existe pas qu’une arthrose, mais plusieurs:

– l’arthrose post-traumatique est liée à une répétition de petits traumatismes ou à un accident sportif ou professionnel intense et brutal (rupture du ligament croisé, lésions du ménisque…). Par exemple, la moitié des patients ayant subi une méniscectomie feront une arthrose du genou dans les dix ans qui suivent le traumatisme ;

– l’arthrose associée au syndrome métabolique et à l’obésité touche souvent plusieurs articulations à la fois, on parle alors d’arthrose généralisée. Elle affecte les personnes en surpoids et particulièrement les patients de plus de 50 ans ;

– avec l’âge, l’arthrose est fréquente et est due au vieillissement des cellules du cartilage et de l’os. À l’heure actuelle, les traitements agissent sur les symptômes et soulagent la douleur, mais aucune thérapie ne peut bloquer la destruction du cartilage. Les mesures de prévention sont donc indispensables pour lutter contre l’arthrose. De la même manière qu’on appelle «pic de masse osseuse» la quantité maximale de masse osseuse atteinte (généralement vers 20-30 ans), on pourrait parler de «pic de qualité du cartilage». Pour éviter l’arthrose, il faudrait conserver ce pic de qualité le plus longtemps possible, en préservant le cartilage dès l’enfance. Ainsi, la prévention de l’arthrose nécessite une éducation à la protection des articulations.

Eduquer enfants et adolescents

Alors que le jeune public admire et voudrait imiter les performances sportives des footballeurs et athlètes de haut niveau, il est bon de rappeler que ceux-ci sont entraînés, musclés, et que leurs mouvements pourraient entraîner de sévères traumatismes chez des personnes non préparées. Il est donc nécessaire d’éduquer les enfants et les adolescents (dans les clubs mais également à l’école) à une meilleure pratique sportive comprenant des échauffements et des exercices pour stabiliser les articulations.

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Pour ménager ces articulations, il ne faut donc pas les solliciter de manière trop intense, mais cela ne signifie pas non plus qu’il ne faut pas bouger. La pratique d’une activité physique régulière est recommandée pour avoir un cartilage de meilleure qualité. Contre l’arthrose du genou, les études ont prouvé que la marche était bénéfique. Par exemple, 6000 pas par jour en moyenne protégeraient les articulations (à adapter bien sûr en fonction des capacités du patient).

La prévention de l’arthrose passe aussi par celle des facteurs de risques associés, en particulier l’obésité et le surpoids. Une personne obèse aura en effet trois fois plus de risques d’avoir de l’arthrose. Afin de prédire l’évolution de l’arthrose lors des stades précoces, notre équipe Inserm tente de mettre en évidence des biomarqueurs ainsi que de nouvelles cibles thérapeutiques. L’objectif est de déterminer les facteurs cliniques, biologiques ou radiographiques prédictifs de l’arthrose des doigts, à partir d’une cohorte de 400 patients (cohorte Digicod, www.digicod.fr).

Nous menons nos recherches également au sein d’un réseau de sept laboratoires français travaillant sur l’arthrose (réseau Road-Fondation Arthritis). Ces études, réalisées chez l’homme et chez l’animal, ont pour objectif de mieux connaître le rôle de chaque facteur de risque dans la progression de l’arthrose.

* Chef du service de rhumatologie à l’hôpital Saint-Antoine, AP-HP, université Pierre-et-Marie-Curie, responsable de l’équipe «Age-related joint diseases and metabolism» à l’unité Inserm 938.

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