CANCER Alors que le nombre de femmes atteintes de ce cancer stagne, le gouvernement veut changer le mode de dépistage pour mieux lutter contre la maladie…

Un dépistage insuffisant, un vaccin décrié… La France semble à la peine pour lutter contre le cancer du col de l’utérus : c’est l’un des rares cancers pour lequel le pronostic se dégrade. En effet, la survie à 5 ans est passée de 68 à 64% entre 1990 et 2002. Et depuis 2000, le nombre de cancers du col de l’utérus (environ 3.000 par an) et les décès (1.100) stagnent.

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A l’occasion du lancement ce mardi de l’examen à l’Assemblée nationale du PLFSS 2017, qui prévoit une meilleure prévention pour ce cancer, 20 Minutes fait le point sur les pistes pour améliorer la lutte contre ce cancer.

Passer d’une prévention individuelle à un dépistage organisé

Le responsable ? Le papillomavirus humain (HPV) transmis par voie sexuelle. Chez 10 % des femmes infectées, le virus peut provoquer des lésions susceptibles d’évoluer vers un cancer. Alors comment s’en prémunir ? Par le frottis. Mais le taux des femmes participant au dépistage individuel stagne à 57 % depuis 2006… alors que l’objectif du gouvernement est de 80 %.

Pour arriver à ce chiffre, le ministère de la Santé veut améliorer prévention et prise en charge. « En complément de la vaccination recommandée pour les jeunes filles, j’ai souhaité généraliser le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus pour mieux combattre ce cancer, qui touche 3.000 femmes chaque année », a confié Marisol Touraine à 20 minutes. Mais le combat est ancien… et lent.

Dès 2010, la Haute Autorité de Santé (HAS) rendait ses préconisations. « Aujourd’hui, le problème c’est que 50 % des Françaises ne se font pas dépister, 40 % font trop de frottis et seulement 10 % suivent les recommandations, à savoir un frottis tous les trois ans entre 25 et 65 ans, souligne Olivier Scemama, adjoint au chef de service évaluation économique et santé publique de la HAS.

C’est pourquoi le 3e plan cancer (2014-2019) a prévu de passer d’une prévention individuelle à un dépistage organisé. En 2016, des expérimentations ont été organisées dans plusieurs régions et en 2017 le programme sera étendu à tout le territoire. Il s’agit de cibler les femmes qui n’ont pas accès au frottis et de les inviter par courrier à se faire dépister gratuitement. Des campagnes d’information sur cette maladie méconnue seront également multipliées l’année prochaine. Et le ministère promet de « s’assurer que toutes les femmes dont le frottis est anormal bénéficient d’une prise en charge médicale adaptée ».

Lever les freins psychologiques

Pour améliorer le dépistage, l’HAS proposait une autre piste : « que les infirmières et professionnels de santé dans les laboratoires d’analyse puissent effectuer ce dépistage », reprend Olivier Scamama. Mais si 50 % des Françaises ne se font pas dépister, cela peut être lié à des réticences d’ordre psychologique. Selon Sami Haddad, gynécologue obstétricien à Périgueux (Dordogne), promoteur de l’examen gynécologique sur le côté, « l’HAS reconnaît que le côté intrusif de l’examen gynécologique est un frein ».

Pour lever ces réticences, une deuxième piste a été explorée : l’envoi à domicile de kit d’auto prélèvements. « Les femmes peuvent ainsi faire elles-mêmes un test de détection du papillomavirus, qui n’est pas un frottis car cela nécessite une technique particulière », précise Olivier Scemama. Une expérimentation toujours en cours.

Encourager la vaccination des jeunes filles

Si le dépistage nécessite quelques ajustements, le vaccin peut-il être une réponse ? Pas vraiment… En effet, il ne protège que de 70 % des papillomavirus. Céline, 25 ans, en a fait les frais. « J’ai fait le vaccin en 2006 au moment de la grande campagne qui assurait que ça nous protégerait toute notre vie contre le cancer, raconte-t-elle. Mais il y a deux ans, je reçois une lettre de ma gynéco expliquant que mon frottis dévoilait des cellules oncogènes. Après des analyses complémentaires, on me dit que tout va bien. Sauf qu’il y a un mois, rebelote. J’ai fait le vaccin, j’ai dépensé plus de 200 euros, et j’ai deux fois des résultats inquiétants, alors clairement ça ne m’a pas protégé ! »

Et des polémiques sur d’éventuels effets secondaires des vaccins contre les HPV ont accru la méfiance. « Une étude de l’ANSM a prouvé que les jeunes filles vaccinées ne risquaient pas de développer des maladies auto-immunes, rassure Olivier Scemama de l’HAS. Le ministère encourage tout de même les jeunes filles entre 11 et 14 ans à faire le vaccin. Tout en rappelant que cela ne les dispense pas de faire des frottis tous les trois ans… En France, seulement 18 % des femmes sont vaccinées. Une couverture qui ne risque pas d’augmenter si l’on en croit la méfiance galopante des Français vis-à-vis des vaccins.

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